L'Arche du Cœur [#5] Les sept antennes des sens
L’Arche du Cœur continue après le chapitre La sagesse des enfants N°3. Retrouvez la semaine prochaine le chapitre suivant : Toucher la terre, toucher le corps.
Contacter, découvrir et explorer mon corps, faire voyager l'esprit, par la respiration, par le souffle, m'ont donné l'envie de poursuivre ce dialogue, avec chacun de mes sens. Les sept sens ! Et là, tout de suite, je me suis sentie interpellée par une fabuleuse sauterelle. Lumineuse, intense. S'est-elle immobilisée, suspendue dans l'herbe, le temps que je l'aperçoive ?
Les sept antennes dressées, vibrantes – si ténues et pourtant dures et brillantes comme de rugueux fils d'or – se tendent vers l'espace. Je sais très bien que les manuels parlent de nos cinq sens et de deux antennes seulement pour les sauterelles. Mais, le temps d'un éclair vert, elle s'est matérialisée en moi, par la vertu d'un sixième sens : celui de "l'Imagination créatrice" ! Et celle-ci ne saurait prendre forme, se renouveler d'instant en instant, sans un "septième sens". Le Sens de l’Amour. Qui, en vérité, précède, contient et dépasse les six autres.
Je l’ai aimée tout de suite, cette sauterelle, et elle me le rend bien ! Elle délie en moi ses mouvances. Ses antennes. Par elles, je vais à la rencontre des choses… ouvrant, tour à tour, les sept portes d'un "corps-château", les franchissant, montée sur les sept chevaux de l'énergie. J'essaye de percevoir où ces antennes ont en moi leur naissance. C'est difficile à dire : quelque part dans mon corps, nulle part ailleurs, c'est certain, profond je le sens, mais où ? Lorsque j'interroge ainsi l'origine de mes perceptions, tout se met à onduler délicatement, comme si chacune de mes cellules, avait elle aussi sept antennes, et qu'elle se mette à voir, entendre, toucher, humer, goûter, créer, aimer. Comme si, par chaque cellule, je m'élançais au-devant du monde, le connaissant d'une seule étreinte, multipliée par des milliards d'yeux, d'oreilles, de bras, de bouches, de nez, d'intelligences !
En de tels instants, j'ai la certitude que notre univers, comme moi, a un corps, vivant, conscient, et que son Corps et le mien ne font qu'un. Mais, j'essaie en vain de suivre tout le parcours de mes antennes, car elles commencent dans un plan invisible de mon être, enracinées dans l'infiniment petit, et se prolongent jusqu'en un autre plan, invisible lui aussi, parce qu'il va si loin, si loin, que je ne perçois plus où mes antennes ont leur fin. Ont-elles un commencement ? Ont-elles une fin ?
Invisibles donc, incommensurables. Pénétrantes ! Car à la jointure même de l'être, je sens, je sais. Et aussi loin que m'emmène mon imagination, bien au-delà de ce que voient les télescopes, bien au-delà de ce que discernent les microscopes, au-delà du monde connu, je sens. Voilà une sauterelle aux antennes bien ingénieuses.
J'aime vérifier mes intuitions en consultant le dictionnaire ! Et cela me ravit d'y apprendre, que "chaque cellule porte dans ses chromosomes la totalité du programme de construction et de fonctionnement de notre organisme...". Et pourquoi pas de l'Univers ? Puisque chaque cellule contient notre futur ! Contient notre passé : quelques millions d'années de conscience collective... Tout cela, en moins d’un millième de millimètre ! Et puis, peut-être y a-t-il là, encore autre chose, d'indéfinissable, que notre science n'a pas prouvé à cette heure, et dont les dictionnaires ne parleront que plus tard.
Je me demande pourquoi c'est une sauterelle qui, ce matin, m'en fait la confidence. Une sauterelle d'une beauté indicible, et c'est ce vert qui m'a attirée. Un vert magnétique. C'est ainsi que je me représente l'éclat de la planète Uranus. Un vert d'une autre dimension, un vert exorbitant, au sens littéral, qui nous sort de l'orbite d'un monde limité. Voilà que cette sauterelle a fait éclater le cadre de ma vie, qu'elle change complètement mes horizons. Mes sens ne sont pas confinés à ma seule vue ou à ma seule ouïe, mais captent une gamme beaucoup plus étendue, accèdent à une Mémoire en laquelle le temps tout entier est déployé ! Inattendu. Pour nous, qui ne sommes que poussière dans l'immensité...
Ma sauterelle me chuchote - oui, elle parle ! - que mon corps est aussi vaste, aussi léger, aussi transparent, que l'espace. Moi qui croyais n'avoir qu'un corps plein de petits et grands défauts, dont l'exiguïté me fait souffrir, dont la fragilité me fait peur, face à la maladie, face à la mort... je reste émerveillée devant le plus étonnant des "corps-royaume" !
Un corps comme ce corps-là, contenant la totalité de ce que l'univers contient, pourrai-je vraiment m'en faire un Ami ?
— Adelheid Oesch
Vous avez lu un extrait de ‘L’Arche du Cœur’ La multiplication par l’Un. Parcours initiatique. Éditions Le Souffle d’Or, 1999 ©.
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