L'Arche du Cœur [#4 La sagesse des enfants N°3
Les miracles sont des phénomènes tout à fait ordinaires
L’Arche du Cœur continue après le chapitre La sagesse des enfants N°2. Retrouvez la semaine prochaine le chapitre suivant : les sept antennes des sens.
Je me souviens que, petite, tout me paraissait possible.
À quatre ou cinq ans, je priais, avant de m'endormir, pour que Dieu fasse de moi un garçon, et chaque matin au réveil, j'en savourais la perspective... Dieu, plus sage que moi, n'a pas exaucé ces prières. Il faut dire, que je ne savais pas encore que grimper aux arbres, aller dans la forêt, prendre plaisir à sa force - toutes choses qui me semblaient des prérogatives masculines - sont le droit de chacun, quel que soit son sexe ou sa condition.
Mais, sur un point, j'avais parfaitement raison : raison de croire que les miracles se produisent à tout moment et ne sont pas réservés qu'à des gens ou à des circonstances extraordinaires. Les métamorphoses ne commencent-elles pas dans l'esprit ? Dans une matière en quelque sorte invisible, une virtualité prête à s'épanouir... à la façon de la graine, qui contient l'arbre entier.
Lorsque j'ai eu sept ans, le monde a changé ! J'ai un peu perdu la foi. Non pas en Dieu, synonyme d'évidence, mais en les adultes qui, pour l'enfant que j'étais, le représentaient sur la terre. J'ai perdu confiance, parce que quelque chose de grave m'est advenu. Et dès cet instant, je décidai de garder mes secrets, de ne les partager qu'avec mon ours, mon épée, ou l'arbre qui est mon ami. Disons aussi, que ce Dieu, qui m'était si proche, si familier, se déformait par moments ! Capturé par des images étrangères. Celle, par exemple, d'un patriarche barbu, dont les plans étaient peu clairs, car il ne promettait ses cadeaux qu'aux enfants sages... barbe à papa factice, verges imprévisibles, langue de bois !
Heureusement que ce "barbu" n'était pas le "bon" Dieu et que j'ai fini par savoir que Dieu n'attend pas notre perfection pour nous aimer ! Heureusement que par quelque grâce, la petite Aurore n'a pas grandi trop vite, ni douté autant que moi. Au contraire, elle a attendu, attendu - non plus de devenir un garçon - mais attendu le miracle de se sentir libre, joyeuse dans son corps, sûre d'être aimée. Cinquante ans plus tard - c'est fou ce que les enfants sont patients - elle est toujours là, derrière mon épaule, attentive à mes réflexions d'aujourd'hui !
Les enfants n'ont pas besoin de preuves pour croire aux miracles. Et pour cette toute petite fille, nichée au fond de moi, Dieu ressuscite comme le soleil. Dieu est naturel, comme son chat Safran, ses amies Joëlle et Odile, son ours, ou l'imposant érable du jardin. Ah ! la voilà qui me tarabuste, qui veut que je lui raconte, encore et encore, l'histoire d'Ezéchiel...
Ezéchiel vivait en un temps où le monde ressemblait fort à celui d'aujourd'hui ! Les guerres, les famines, la haine, l'injustice, y avaient grande place. Et c'est alors que Dieu l'instruisit, dans une vision, à fin qu'il délivre le peuple d'Israël de la captivité, de la violence, pour le ramener en son pays véritable, celui de la joie et de la liberté.
N'avons-nous pas, nous aussi, perdu le respect de la vie, de nous-mêmes, de l'autre ? Égaré ce pays de lait et de miel, d'immortalité et d’amour, sur lequel Aurore s'efforce de veiller ? Et ce pays ne vit-il pas au plus intime de chaque homme, de chaque femme, de chaque enfant ? Inscrit dans chaque parcelle de notre corps ! Un pays que nous pouvons décider de retrouver, puisqu'il est notre héritage. Notre nature même. Un pays qui n'est pas qu'une patrie symbolique - même s'il n'existe sur aucune de nos cartes ! - mais une patrie parfaitement réelle, dont toutes les caractéristiques sont marquées, consignées, dans notre mémoire cellulaire, au plus près de notre chair.
Chacun peut donc se mettre en quête de ce pays-source, de ce pays où le plomb se change en or, où la matière devient esprit, où l'esprit se fait matière. Où ce qui est mort revient à la Vie...
Voilà ce que nous rapporte le prophète Ézéchiel :
La main de Yahvé fut sur moi et m'emmena par l'esprit... et il me déposa au milieu d'une vallée, une vallée pleine d'ossements... et ils étaient complètement desséchés.
Il me dit : «Fils de l'homme ces ossements vivront-ils ?»
Je dis : «Seigneur ... tu le sais».
Il me dit : «Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : Ossements desséchés, écoutez la parole... Voici que je vais faire entrer en vous l'esprit, et vous vivrez...»
Je prophétisai comme j'en avais reçu l'ordre... Il y eut un frémissement et les os se rapprochèrent l'un de l'autre. Je regardai, ils étaient recouverts de nerfs, la chair poussait, et la peau se tendait par-dessus...
Et il me dit : «Prophétise à l'esprit...» Tu diras à l'esprit : «Viens des quatre vents... souffle sur ces morts et qu'ils vivent.»
... et l'esprit vint sur eux, et ils reprirent vie et se mirent debout sur leur pieds...
— Bible de Jérusalem, Ezéchiel 37 (1-10)
Cela est bien étonnant ! Suffit-il d'avoir foi, d'invoquer l'esprit, d'insuffler l'esprit, pour que les corps se reconstituent, se vivifient ?
Impossible... et pourtant cela m'a encouragée à expérimenter, non pas tout à fait comment ressusciter les morts, mais comment générer l'intensité de la vie, la perception, la circulation de la Vie, dans notre propre corps, dans notre propre Cœur. J'ai appelé cela l'expérience d'Ezéchiel.
Et par la suite, j’ai pu reconnaître que ce "souffle de l’esprit" est bien celui qui se manifeste - en sa forme transcendante - dans le "Soi". Et que ses formes relatives nous rencontrent en la direction de notre regard, la chaleur de notre main, le poids de nos mots. Que notre esprit engendre ce qui nous advient, nos œuvres, nos créations, bonnes et mauvaises, nos malheurs comme nos joies. Cela m’a fait réfléchir à ce qu’est notre vrai pouvoir, notre vraie responsabilité.
N'avons-nous pas à faire Parole vivante de la Parole écrite ?
— Adelheid Oesch
Invitation à l'Expérience !
Vous avez lu un extrait de ‘L’Arche du Cœur’ La multiplication par l’Un. Parcours initiatique. Éditions Le Souffle d’Or, 1999 ©.
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