L'Arche du Cœur [#3] La sagesse des enfants N°2
Tout est Présence sacrée
L’Arche du Cœur continue après le chapitre La sagesse des enfants N°1. Retrouvez la semaine prochaine le chapitre suivant : La sagesse des enfants N°3
Mais qu'est ce que c'est qu'une personne ? Le dictionnaire nous dit : “... individu... jugé responsable moralement...”. Mais, le mot nous échappe. Vivant ! Un bébé, un enfant, un adulte, partiellement privés de leur responsabilité, par leur jeune âge, le sommeil, la maladie ou la vieillesse, ne restent-ils pas malgré tout des personnes ? Habitées de sentiments, capables d'en éveiller chez autrui ? Comment alors ne l'est-on plus ?
“Avec la négation, personne signifie nul, aucun...” (Petit Larousse Illustré, Paris, 1985). Il n'y a personne ! dit-on d'un lieu inhabité, lorsqu'on a sonné en vain à une porte.
Ainsi, "être une personne" implique d'entrer en relation. Est inséparable d'un partage, d'une réciprocité. Je dirais même, d'une dimension transpersonnelle de la relation... en ce courant d'amour qui nous rend l'autre sacré.
Mais le monde n'a-t-il pas cessé d'être pour nous Présence vivante ? Il nous devient alors facile de l'exploiter, d'en abuser, de commettre des génocides, de manipuler la matière, de faire de notre humanité même un "objet" ! Privés de leur nature divine, la roche, l'arbre, la bête, l'air, l'eau, le feu, et à leur suite le corps et l'âme des hommes, ne sont plus des interlocuteurs... et notre dialogue n'est qu'une prise de pouvoir, en laquelle notre moi profond s'est perdu.
Et cela est vrai, tout autant, des rapports que l'on entretient avec soi : notre âme, notre corps, ont cessé d'être sacrés, d'être des personnes pour nous ! Alors à quoi bon les respecter ? Pourquoi songerions-nous à les chérir ? À communiquer avec eux ? Nous avons égaré le lien ! Avec nous-même, avec notre prochain, avec l'esprit des choses.
Heureusement que chaque enfant naît de la Source, sait à nouveau ce que les hommes savaient, lorsqu'ils étaient plus simples et plus reliés à la terre. En un temps où les objets pouvaient s'animer. Où matière et conscience n'étaient pas perçues comme séparées. Quel enfant démentira l'amour qu'il porte à son animal en peluche, à sa poupée, à son épée, et que ceux-ci l'aiment en retour ? Qui pourra affirmer que sa main, son épaule, son genou, son pied, sa circulation, ses organes, ne répondent pas à un geste ou à un mot de tendresse ? C'est donc ainsi que je l'entends, lorsque je propose que les ours, les arbres, les animaux, les épées, les pierres, et à plus forte raison notre corps - en chacune de ses parties ! - sont aussi des personnes. Ils le deviennent en tout cas, dès que je les aime, leur parle, les écoute, les touche, les regarde. Qu'eux aussi me choisissent, m'aiment, me parlent, m'écoutent, me touchent... Et le monde alors retrouve son sens, évolue, parce qu'il est redevenu relationnel, numineux !
Les alchimistes, les explorateurs, ne font pas que rêver, ils mettent à l'épreuve. Et c'est ainsi qu'Aurore et moi avons tenté d'apprivoiser cette fascinante physiologie, en laquelle l'union consciente du corps et de l'âme, de la matière et de l'esprit, engendrent un nouvel homme, une nouvelle terre. Lorsque j'en ai eu le courage, la grâce ou la surprise, je me suis donnée à l'inconnu. Et l'Inconnu m'a aimée, m'a fait partager quelque chose de lui.
Jour par jour, j'ai découvert certains sentiers, qui auparavant m'étaient cachés. Fait quelques expériences, qui dans la jungle d'être m'ont parfois sauvé la vie... trouvé quelques pistes... La première serait une invitation à se connecter à notre corps, qui garde en mémoire tous nos états. Rien ne vieillit, rien ne meurt dans la psyché. Tous nos vécus successifs y sont contenus ! Ce sont des personnes ! Dans l'universalité de notre monde intérieur, il ne tient donc qu'à nous - et à toute heure ! - de reprendre le fil... "d'éveiller une Mère", de nous abandonner à elle comme un enfant... Ainsi pourrons-nous entrer en amour avec nous-même, devenir notre propre prochain. Être à la fois l'aimant et l'aimé, le chercheur et le "cherché".
Notre attention deviendra notre "œil dedans". Le toucher se dira par une perception fine de nos sensations corporelles. Notre ouïe sera l'écoute vigilante de nos émotions. Et notre Présence à tout cela, le Témoin affectueux qui – en nous – les rejoint et les reconnaît. Nous saurons alors réparer le passé, humaniser l'avenir, délier nos conditionnements, reparenter le moi ! Et cela, non pas pour nous passer de l'autre... mais pour venir à l'autre... de notre plénitude, plutôt que de nos manques.
Le mode de découverte ? Ressentir, regarder. Utiliser notre intuition, notre imagination, nos instruments sensoriels, notre faculté d'observation... entrer dans notre propre peau ! Car comment pourrait-il y avoir une réelle qualité d'amour, de communication, sans une conscience de soi ?
Prenons un exemple. Je viens de me heurter le coude. Je sens la douleur comme un éclair. Une bouffée de sang me monte à la tête, j'ai envie de frapper le chambranle de la porte, "qui m'a fait ça" ! Presque en même temps les larmes me viennent aux yeux... J'éprouve des sensations, une onde de choc, puis une suite d'émotions : la colère d'avoir été surprise, trahie, par ce cadre de porte, l'envie de me venger, le sentiment d'être maltraitée par la vie... Et puis, je me ressaisis ! De seconde en seconde, je ne suis plus la même. Je deviens quelqu'un d'autre ! Et cela est vrai de chaque conflit, de chaque prochain auquel je me heurte, auquel je fais reproche. En ai-je même conscience ? Cela ressemble à ces "hors-temps" du rêve, qui ne durent qu'un instant, mais remplissent plusieurs pages... Et ne livrent leurs clés que parce que je les interroge !
Ne nous faut-il pas, avant tout, rencontrer cette "humanité intérieure" ? Générer pour soi de l'amitié ? Ainsi, tout en prenant ma respiration, je la charge d'un amour réfléchi. Et puis, je souffle; doucement. J'accueille cette fraîcheur sur mon bras. Chaque cellule s'ouvre, se dilate, se détend. Je constate l'action conjointe de la présence et de l'amour. La confiance qui lui répond. Je découvre le geste qui donne ; le corps qui reçoit. "Conscience, amour, confiance", sont l'esprit de cette petite expérience. Mon corps, mes "personnes intérieures" et moi, devenons des amis ! Nous échangeons, questions, réponses ; nos élans se conjuguent, paisibles, chaleureux. Nous partageons, nous confrontons, nous avons foi les uns dans les autres. Nous sommes en lien.
Et là, je m'aperçois, qu'en cette attention mutuelle, tout se calme et s'allège. Mes sentiments ont cessé de faire des vagues. Il n'y a plus ni douleur, ni colère, ni vengeance, ni révolte, ni tristesse. Je me retrouve ! à l'abri de cette certitude : quelqu'un m'aime et se tient près de moi. Je me repose consciemment, je me tais, je reste immobile. Je prends plaisir à demeurer ainsi, pendant un petit temps, près de moi-même. Cela me ressource, me réharmonise. Je me dis merci. Et voilà que, spontanément, j'ai envie de dire merci à la Vie ! Je l'écoute couler en moi, je touche sa vibration.
— Adelheid Oesch
Ici le lecteur est invité à l'Expérience sous la forme de deux exercices : Le souffle qui guérit, et le souffle louange.
Vous avez lu un extrait de ‘L’Arche du Cœur’ La multiplication par l’Un. Parcours initiatique. Éditions Le Souffle d’Or, 1999 ©.
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