L'Arche du Cœur [#27] Le Nom de notre amour, poème de l'amour d'Aurore
Ton amour pour moi, mon amour pour Toi,
j’ai bien envie de le crier sur les toits.
De le rappeler en chaque passant
comme un soleil. Que nul n’en soit privé !
De le jeter comme une pluie d’or
sur les feuilles et le vent, sur la crête des vagues,
les portes de la ville, les fenêtres des maisons.
Je ne sais à quel sortilège je dois ce bonheur.
Je ne peux que tomber à genoux
comme un cavalier du désert,
parce que le ciel liquide se reflète dans le puits.
Où que je me tourne, voilà Ton Visage.
Chacun de mes pas épouse Ta Trace.
Là même où je la croyais à jamais dispersée.
Chaque pays est le pays qui nous attend.
Mon amour pour Toi, Ton amour pour moi,
j’aurais bien envie de le tenir à bout de bras
comme un rire qui sonne,
comme un vol d’hirondelles échappé de mes doigts.
De T’envelopper de son bruissement d’ailes.
Vivante arabesque. Nuée d’oiseaux
sur la page du ciel. Porté par leurs cris.
Chaque source est Ta Source.
Chaque brasier Ta Tendresse,
plus neuve, plus fraîche, plus apaisante,
que la naissance des feuilles.
Que la pluie du soir,
qui touche nos lèvres desséchées.
Mais ce secret dont tous sont habités,
qui le reconnaît ?
Qui se soumet au “jugement de Dieu” ?
Qui pose sa main nue sur le Feu du Cœur,
sous la peau de la matière, sans être brûlé ?
Qui contemple le Radieux
sous le voile des formes et n’est pas consumé ?
Amour, si Tu n’es pas mon Innocence,
je resterai coupable. Condamnée.
Chaque nuit est la Nuit de notre Rencontre.
L’on ne peut séparer le Feu du flambeau,
ni le flambeau des Ténèbres,
ni la Rosée du sable.
Ils sont l’un pour l’autre,
comme le Corps et l’Amour,
les ossements épars
que Ton Souffle rassemble.
Je n’existe pas sans Toi.
Amour, le puits, le feu, Ton pas,
Ta liberté au bout de mes doigts,
j’aurais bien envie d’en éveiller l’écho
au plus profond de chaque passant !
D’en poser le signe...
comme autant de feuilles d’or à leur front.
Au creux de leurs mains.
À la plante de leurs pieds.
Mon amour pour Toi, Ton amour pour moi,
est le Chant que nul n’entend,
et qui pourtant résonne de tous les chants !
On ne peut séparer
leur vibration de Son Silence.
Car ils sont l’un pour l’autre
comme le Corps et l’Amour.
Ton amour pour moi, mon amour pour Toi,
est une parole que personne n’a encore prononcée.
Un mouvement qui naît pour la première fois,
un corps vierge comme l’origine des origines.
Celui qui croit le saisir vient de l’effacer !
Peut-être, parce qu’on ne peut le dire,
mais seulement l’inspirer...
Dès avant lui-même, notre amour était.
Avant le premier souffle, avant le premier son.
Notre amour créait avant le premier geste.
Car Amour est le Nom,
le Nom que nul ne sait,
mais que chacun reconnaît
lorsque Dieu l’appelle par son nom.
Embrase de son Sceau le Coeur.
Amour, Ton rire est dans le mien
comme un grelot qui tinte
à l’aube dans la montagne.
Amour, si tu me quittes,
je Te verrai couler
comme un regard d’enfant,
comme des larmes de joie.
Une source fragile,
sur la roche, sur le sable,
entre les prés en fleurs.
Murmurante, légère,
humble et indestructible.
Car d’où qu’elle vienne,
où qu’elle aille ou se perde,
Ton eau retourne au ciel et à la mer.
Sans Toi, Amour,
je ne suis qu’ouragan
de rage, de feu.
Je disperse les hommes !
Je calcine la Terre...
je nous mettrai en pièces
comme lambeaux de festin
sur la plaine
où blanchiront nos os.
Les grincements du sable
entre mes dents nous feront poudre.
Le feu de mes entrailles
dévorera Ton nom.
J’enchaînerai Tes gestes,
rendrai muets Tes mots,
chaque étincelle de mon amour pour Toi !
Nous réduirai à moins que cendre.
J’imposerai la paix comme un désert.
Là même, Amour,
Ton rire est dans le mien
comme un sanglot qui tinte.
Un improbable oiseau
dans ce champ dévasté.
Mon amour pour Toi, Ton amour pour moi,
rapproche nos os,
murmure son souffle,
dans le vide, dans le rien...
Remonte comme le son d’une flûte
du ventre noir de la terre.
Je n’existe qu’en Toi.
Tes doigts légers, Tes doigts de vent,
Tu les poses sur mon front.
De la douceur de l’aube
Tu marques mes paupières.
Il y a des feuilles qui naissent
de nos branches coupées.
Amour, je ne peux rien T’offrir
que ma douleur,
inséparable de ma tendresse.
Car elles sont l’une pour l’autre
comme le Corps et l’Amour,
comme le bois et le feu,
comme la vie et la mort.
Je t’aime.
Le flambeau brûle sans porteur.
Naît de sa propre incandescence.
Le Nom secret de notre amour
est toujours celui de Dieu.
—Adelheid Oesch
Le 4 avril 1999,
Jour de la Résurrection
Vous avez lu un extrait de ‘L’Arche du Cœur’ : La multiplication par l’Un. Parcours initiatique. Éditions Le Souffle d’Or, 1999 ©.
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