L'Arche du Cœur [#23] Le Diapason
“Jésus vit des petits qui étaient au sein. Il dit à ses disciples : ces petits qui tètent sont semblables à ceux qui entreront dans le Royaume”
— Évangile selon Thomas, Logion 22
N’avons-nous pas à devenir les disciples, les fervents, de l’Arche du Cœur ?
N’est-elle pas en chacun de nous, ce “Lieu vivant” qui nous relie, lorsque nous nous faisons matrice de conscience, matrice d’amour ?
Participants d’une vacuité virginale, d’une immaculée conception, en laquelle repose et s’élabore l’inépuisable création : formes-pensée, formes-énergie, formes-matière, succession de naissances et de morts, de coagulations et de dissolutions, d’attractions-répulsions, d’actions et cessations.
Cette simple évocation me remplit à la fois d’humilité et de joie. Une prosternation se fait en moi, en même temps que des ailes s’ouvrent, qu’un frémissement m’emporte comme un oiseau !
Plus ma vision s’élargit, plus j’embrasse d’êtres, de ciel, de terre.
S’approcher de la vérité, n’est-ce pas - en affinité avec l’hologramme - éclairer tour à tour, chaque “angle d’expérience”, chaque “angle de soi” ?
“Plus un”, lequel en sera l’observateur.
“Plus un” : lequel embrasse cette totalité, en même temps que l’observateur qui en est le témoin.
“Plus un”, lequel sera le témoin de ce témoin.
“Plus un”... et ainsi de suite...
La vérité est une chose ouverte. S’approcher d’elle, c’est prendre en compte tous nos objets de connaissance, mais aussi toutes leurs antithèses. C’est diminuer de cette somme, la somme de l’Inconnaissable : ce qui toujours nous ramène vers un facteur moins, un Vide initial.
La vérité ? Un incessant dévoilement ! La résultante d’une perception qui n’en finit pas de se percevoir : présence d’un objet, présence de son contraire; absence des deux.
Insondable Mystère, dont chaque instant recueille le Passage. Dont il nous faut, empreinte par empreinte, deviner la trace, humer le souffle, traquer les brisées...
La vérité se dévêt... elle met à découvert ce tumulte radieux, ce Silence, en lequel toute forme est conçue, en lequel toute forme est mirage. Ni sujet, ni objet.
Il y a un abandon, une révérence, qui naissent de l’approfondissement même du connaître. Celui qui n’exclut rien, ni personne, qui s’offre à l’affrontement de toutes les polarités, se fait plein, se fait vide, celui-là vient plus près de l’Amour.
Il aime jusqu’à son propre effacement.
N’est-ce pas à cela que se soumet le plus invisible des insectes, la plus cachée des fleurs ? L’un et l’autre donnent de leur splendeur, de leurs couleurs, de leur savoir-être, de leur savoir-faire... au regard sans regard du ciel.
N’est-ce pas là, modestie de l’amour ? Désir de la Vie pour elle-même ! Générosité d’être. Absence de crainte.
Ultimement, le “plus un” se perd dans une progression sans terme, aux confins d’une sphère sans circonférence. Le pélerin devient le chemin qui se déroule sous ses pieds.
Le chemin prend le visage de sa Quête ou de son Dieu. Celui qui ainsi contemple en toutes choses une même Nature, se rencontre lui-même. Et se dissout, en “Cela”.
Étrangement, Aurore et moi l’avions toujours pressenti, alors même qu’il nous fallait parcourir chaque étape, éprouver chaque inégalité de la route. Le voyage de la Conscience est bien ce paradoxe, qui nous oblige à devenir ce que nous sommes. À découvrir ce que nous savons. À gagner ce que nous possédons. À perdre ce qui nous a déjà quittés ! Un voyage qui recondense toute l’évolution en quelques mois intra-utérins. Qui renouvelle notre “toute-possibilité”, dans ce temps si unique, cette brève immersion sensible, qui sépare la conception de la mort.
Connaître, c’est pénétrer, s’identifier. Ainsi connaître devient comprendre. Comprendre, c’est connaître avec amour ! Percevoir le monde, c’est se percevoir. Se percevoir, c’est engranger l’univers ! Un univers, qui se livre, nous nourrit, nous illumine. Il est ce dieu aux cent mille mains, cette déesse couverte de mamelles ! Il s’offre. Sans aucune avarice. Sans aucun jugement. Aux riches comme aux pauvres, aux cultivés comme aux ignorants; sages ou fous, jeunes ou vieux, bien-portants ou malades, innocents ou coupables.
L’univers se donne, pourvu que l’on ouvre son cœur, son esprit, ses bras, son ventre... Pourvu que l’on ouvre les yeux et la bouche, que l’on mette les jarres sur le toit...
Ne tient-il pas qu’à nous, d’avoir mille visages et cent mille mains - comme les “bodhisattvas” - ou encore une multitude de mamelles, gorgées de suc ?
Rien n’empêche que nous soyons à la fois l’Arche et le foisonnement de ses habitants. Présence à soi, présence à l’autre... en savourer le goût, librement, électivement.
Entrer et sortir de toutes nos expressions ! Savoir que tout n’est qu’apparence ! Mais que l’apparence souffre. Se réjouit. Et prendre soin de ce royaume subjectif qui est le nôtre ! Ne pas le condamner.
Accepter que nos vécus soient totalement réels dans leur impact sur la chair... mais discerner en eux nos propres projections... est la condition d’un amour, affranchi de tout lien, parce qu’il en reconnaît l’illusion. En même temps qu’un amour qui va croissant, parce qu’il en reconnaît la sensibilité, la douleur.
Amour comparable aux couches profondes de l’océan - paisible ! - alors même que vagues et tempêtes nous bouleversent. Il y a deux faces au connaître : s’identifier, se désidentifier. Il y a deux faces à l’amour : compassion et détachement.
Il me revient une petite histoire, sortie de la besace des sages...
“Un soir de grand vent, un jeune homme se hâtait, de peur de ne pas être de retour avant la nuit. Le chemin était bordé de feuillages, d’herbes hautes. Des nuages sombres obscurcissaient prématurément le ciel. Une subtile inquiétude commençait à l’envahir, il accéléra le pas.
La nature, qui naguère vibrait, bourdonnait, rassurante dans la chaleur d’un après-midi d’été, se faisait plus énigmatique. Une hostilité indéfinissable s’était tapie dans les sous-bois. Il avait toujours craint les serpents un peu traîtres, qui se cachent sous les pierres, se glissent entre les herbes sèches. La nuit tombait vite.
Soudain, sur le sentier, il crût discerner une forme ondulée, deviner sa reptation. Tout son corps se figea, suspendit sa respiration et son pas. L’angoisse lui nouait le ventre. Il était seul, sans recours contre les morsures de cette bête immobilisée sur son chemin, mais dont il connaissait la rapidité.
Hypnotisé par la présence du reptile... qui le fixait. Peu à peu, il prit conscience que l’animal ne bougeait pas. Il s’enhardit. Avec précaution, tout en l’observant, il se baissa pour ramasser une petite pierre, qu’il lança dans sa direction. Rien.
Il lui sembla alors s’éveiller. Sa vue devint plus claire, sa respiration reprit son rythme, son cœur ralentit ses battements, sa salive se remit à couler !
Il s’approcha un peu tremblant, pour constater qu’il n’y avait là qu’une simple racine, bien inoffensive, alors même que pour lui, elle s’était animée tout à l’heure, s’était faite menaçante.”
Autrefois, j’aurais souri, moqueuse... Mais, depuis que je sais que mon corps est une personne, qu’il y a un monde derrière le monde, une perception derrière la perception, qu’il y a un éternel enfant au fond de moi ! je ne m’étonne pas que les racines puissent devenir serpents !
Qu’il s’agisse d’un vrai ou faux serpent, ne fait d’ailleurs aucune différence dans le vécu de ce jeune homme ! Ses millions de cellules, toute sa chimie intérieure, ses émotions, ses muscles, ses nerfs, sa circulation sanguine, son flux hormonal, son souffle, son esprit, se mettent en alerte exactement de la même façon...
Comment répondre ? Par le déni ? Sous prétexte qu’il n’y avait là que fantasmagorie ? Ne nous faut-il pas plutôt, rassurer la peur, le tremblement de la chair, l’affolement du coeur ?
Si nous avons à devenir le témoin détaché de nos projections, ne devons-nous pas les accueillir aussi avec toute notre bienveillance ?
Et puis, je ne crois pas qu’il y ait en ce monde, de “vérité objective” que l’on devrait opposer à l’illusion. Car tout est subjectif ! Fonction de notre regard, d’un cheminement imprévisible...
Un peu mystérieusement, l’étude du déplacement des particules nous apprend, que la simple présence d’un observateur - sans aucune intervention de sa part - modifie leur parcours, modifie l’expérience.
Toutes nos “réalités” ne sont-elles pas relatives ? N’est-ce pas justement notre subjectivité même qui en détermine les modalités ?
Il arrive qu’Aurore, la nuit, se réveille en larmes. Maintenant que je sais que les mauvais rêves, comme les racines-serpent, sont vrais dans l’âme et le corps, ne me faut-il pas, avant tout, et sans discussion, la serrer contre moi ? Écouter son récit, murmurer de petits mots à son oreille, caresser ses cheveux, plonger mes yeux dans les siens ?
« Je suis là, Aurore, n’aie pas peur. Tous les serpents du monde, les cauchemars qui naissent de l’obscurité, les loups-garous qui se nourrissent des pieds des petits enfants, les becs des oiseaux noirs, et bien d’autres choses encore, ne pourront rien contre notre amour ».
J’accompagne son souffle, la couleur revient à ses joues, les lucioles se remettent à danser dans ses yeux. Bien sûr, alors, mais alors seulement, nous inspecterons la chambre et le balcon, et l’ombre sous le lit, pour bien montrer que l’Éveil et l’Amour leur ont mis un rempart. Les ont fait disparaître, comme l’aube les fantômes.
Contre mon épaule, Aurore s’est endormie. Elle dort dans les bras de sa confiance en moi. Il aurait été bien cruel de la renvoyer ! Ne nous faut-il pas entourer - exactement comme nous savons le faire pour nos enfants biologiques ! - nos “enfants intérieurs”... là, dans notre corps... À l’endroit précis où notre cœur, notre gorge, notre plexus, se contractent ou se serrent !
N’est-il pas inhumain, dangereux ! de faire abstraction de ce qui nous touche ? De ne pas écouter les messages du corps. Mourons-nous, tombons-nous malades, de n’avoir pas respecté nos sentiments, suivi nos aspirations ; partagé nos inspirations; engagé notre destinée ?
Me suis-je consolée, de n’avoir pu me transformer en chef indien, en un chevalier héroïque, en une maman plus attentive... en un phare sur l’océan des solitudes ? De n’avoir pas su faire de mon mariage une Arche, pacifier le monde, ou surgir comme Aphrodite de l’écume joyeuse sur la mer ?
Aurore s’est levée très tôt ce matin, toute rieuse et entreprenante :
« Quand est-ce que je n’aurai plus peur ? Quand est-ce que je serai grande ? Je me sens plus grande qu’hier !»
La vie ne s’arrête pas. Elle s’accroît de ce que l’on vient de découvrir. Chaque pièce a toujours deux faces. Et chaque trésor une multitude de pièces ! L’évolution n’est pas une histoire en deux dimensions, comme un rail qui nous conduirait du passé à demain ! Un alphabet que l’on réciterait de A jusqu’à Z... La vie est en trois dimensions. Elle se déploie et nous contient, dès avant notre commencement...
Notre mère, notre matrice, ne s’appelle-t-elle pas “devenir” ? Naître et mourir, deux directions semble-t-il, mais un seul utérus ! Le voudrait-on de toute son âme, on ne peut pas reculer ! L’évolution n’est pas une régression. Ni une réparation. Ni un progrès. Elle ne peut être qu’un nouvel état. Un engendrement.
Aurore aussi, meurt et ressuscite, jour après jour.
Lorsqu’elle a eu assez foi en mon amour, je lui ai dit :
«Tu sais, Aurore, grandir, c’est cela. Grandir c’est étreindre la mort. C’est aller à la rencontre de notre Paradis perdu dans la boue, les larmes, la chair et le sang.»
Elle s’est tue un instant. Toute pâle. J’ai cru qu’elle allait pleurer. Elle a seulement glissé sa main dans la mienne.
«Alors, c’est vrai ! On a le droit de choisir, de se donner vie, de donner vie à Dieu, de donner vie à son Rêve, si on en paye le prix ? Si on le creuse avec une pelle et une pioche, si on en gravit la montagne avec son sac, son coeur et ses pieds, si on en sonde le gouffre avec ses doutes et sa peur ? Si on l’enfante avec son ventre ? »
Elle m’a souri.
Il m’a semblé que son sourire n’était déjà plus tout à fait celui d’une enfant. Et pourtant. En elle, le temps reste intact. Heureusement. Car si l’enfant, qui vit au plus intime de chacun, ne conjurait plus la Source dont le grand Fleuve de la vie se nourrit, celui-ci ne pourrait que tarir et se dessécher. Et jamais nous ne saurons porter ses eaux jusqu’à la Mer.
Mais, disons-le aussi, si l’enfant ne prend pas confiance en ce côté-ci du miroir, comment prendra-t-il le risque de s’exposer ? Trouvera-t-il le courage et la force de fertiliser nos déserts, assez d’assurance pour se dépenser, ou se laisser brider, ou pour accepter de s’épuiser ?
Bien plutôt, si nous ne savons le reconnaître, cet “enfant-source” ne pourra que se cacher ! Ou tenter de se détruire. Ou se détourner de nous. Et il nous maudira, ou s’enfuira dans son imaginaire, sa rébellion, ses paradis artificiels, ses îles de solitude. Une réclusion où perdure l’illusion ! Il régressera vers sa source, vers le ventre de Dieu ! Et cela est vrai de nos “enfants intérieurs” tout autant que de nos enfants biologiques ! Le Jardin ravalera l’eau vive, et notre terre deviendra aride, inhospitalière. L’homme et la femme se feront ennemis.
Vient le paradoxe : notre source est déjà dans la mer ! L’Eden est devant nous. Non pas derrière nous. À condition de retrousser nos manches. D’en devenir les bâtisseurs. De laisser nos larmes lier le mortier. D’assumer notre “arbre de la transgression”. D’en faire un vecteur de notre croissance.
Que deviendrait l’enfant si, tôt ou tard, il ne tentait seul : la marche, l’escalier, le chemin de l’école, celui des fruits défendus, des forêts buissonnières, celui du sexe ? Aimer un étranger, une étrangère ? S’il ne s’aventurait. S’il ne quittait l’ancienne maison, pour ne plus revenir ?
Se pourrait-il que la “transgression” régénère ? N’est-ce pas au-delà de nos idées toutes faites, de la clarté rassurante de notre chambre, que nous vient l’Inconnu ?
Notre ombre ? Cette ombre que nous fuyons, mais qui pourtant souligne notre lumière, comme la monture sertit la pierre, comme le ciel nocturne enchâsse les étoiles ! Choisir. Prendre forme. Nous séparer. Devenir mortels ! Risquer la rencontre. Dépasser nos silences et nos protections.
Honorer la vie. La danser en soi ! Offrir notre “Dialogue Intérieur”, pourra alors prendre aussi une dimension métaphysique ! Et celle-ci n’est pas sans analogie avec le “sama”, cette rotation cosmique, alchimique, des derviches tourneurs, traditionnelle dans le soufisme.
Le “dévoilement conscient” se fait axe et centre de la psyché. Il se relie au ciel et à la terre; il rend sacré son propre devenir, qui tourne autour de lui. Il en devient le pôle, comme le divin lui-même est le pôle du Soi ! Axe médian, lieu de tout passage, d’une orientation sans cesse réajustée. Catalyse. Transmutation. Lieu de conjonction. Le cœur dans le Coeur. Et la circumambulation.
L’on y parcourt une spirale qui s’achemine vers le Centre, puis se redéploye dans la vie. C’est d’abord celle du “petit moi”, celle qui illustre les facettes et les agitations de notre “ego” autour d’un “apprenti-témoin”. Mais, il arrive que, par instants, l’on épouse le mouvement même de la création, aspiré par ce qui est à la fois son origine et sa fin.
Inviter un tel “Dialogue”, le partager ! est un acte solennel. Une dynamique d’amour. Un pèlerinage qui nous apprend que Dieu demeure au Centre de nous-mêmes. Transfiguration de chaque fragment, de chaque atome. Dont nous ne pouvons avoir qu’un avant-goût. Lieu d’aimantation. Mystérieux, resplendissant. Appelé Amour. Appelé Liberté. Lumière, Joie. Appelé Silence. Dieu, Vacuité. Appelé Grâce.
Le mouvement de nos énergies a ses lois, ses sentiers. Il se fait quête initiatique, “mandala psychique”. Il peut se comparer à un temple déployé dans le corps. Chaque “subpersonnalité”, chaque “sentir”, en seront alors une marche, le parvis, un étage, les chambres successives... Une progression qui nous conduit au Coeur de l’édifice, à la Chambre du roi, au Saint des saints. Le pèlerin s’y engage, les vit, comme autant d’étapes qui ne peuvent découler que l’une de l’autre ! Qu’il lui faut intégrer. Dont il doit subir l’épreuve ! S’il veut pouvoir accéder à la porte suivante... Faute de cela, la chambre adjacente restera close.
Il ne s’agit pas, de prendre pour refuge le train de nos pensées, de monter dans la tête, de saisir au vol nos projections. Il s’agit de descendre... Celui qui n’entre pas dans la peur, la colère, l’impuissance, la douleur, la “chambre qui nous retient”... ne franchit pas ce qui le sépare du degré suivant. N’a pas accès à cette mutation d’une énergie dans une autre. À cet approfondissement dans l’être ! Cela continue à faire barrage. Et cette pression, ce courant, s’il s’amplifie, s’accélère - parce qu’on lui fait obstacle ! parce que l’on ne creuse pas ce “lit du Coeur qui le conduit” - peut devenir violent, destructeur. Comme une digue qui se rompt. Ou comme un irrésistible et douloureux tourbillon, qui nous aspire, nous submerge, nous étouffe. Qui noie celui qui veut y résister.
Un vortex, qui cependant, si on avait le courage de lâcher prise, de s’abandonner volontairement... nous attirerait jusqu’en son fond. Au terme de la spirale, dans la “dernière chambre”, c’est soudain une eau calme que l’on atteint. De là, il est facile de faire une brasse de côté, de se laisser porter vers le haut. L’on dit que c’est la seule manière de sauver sa vie dans un tourbillon.
Processus d’acceptation et de libération. On ne peut y entrer, que par ce qui est là. Par la porte étroite. Au présent. C’est cela le premier anneau de la spirale. Le premier mouvement de la danse, en laquelle tous nos états doivent se vivre. Rencontrer notre amour.
Alors se dégagent en nous de nouveaux lieux. Notre axe s’enracine dans l’Axe même du monde, dans un Espace en lequel, de toute éternité, Dieu nous attend.
La danse du Sâmâ et le Sheikh
Le rituel des derviches tourneurs1. Une métaphore énergétique, spatiale et spirituelle... de l’exploration de soi par le ‘Dialogue Intérieur’ et du rapport entre le ‘Moi prenant conscience et les subpersonnalités’.
Regardons le danseur qui célèbre le Sâmâ. Il tourne sur lui-même, il est point et cercle à la fois. Il est l’axe du monde, par lui la terre se relie au ciel et ils entrent en mouvement.
Ce point est aussi symbolisé par le Sheikh qui se tient immobile à sa place2 pendant que les danseurs tournent autour de lui. Il devient le centre autour duquel s’exprime le devenir des mondes.
À sa gauche se trouve le monde intérieur, à sa droite le monde extérieur. Mais ce n’est encore qu’une apparence. L’initié doit éveiller sa compréhension à une connaissance plus subtile et plus profonde. Le danseur, certes, va d’un point à un autre, mais ce point qui semble se déplacer sur le pourtour d’un cercle est encore une illusion, car le point lui-même n’est que l’extension du cercle.
Le mouvement de l’existence même est illusion, comme l’extension du cercle est illusion. En réalité l’homme ne quitte jamais le point central, et, comme l’être ne va que de Dieu à Dieu, il ne va que du point au point, que du centre au centre, autrement dit, tout ce qui est extérieur au centre n’est qu’un mode de la manifestation.
La Manifestation est l’image de la vie elle-même, son devenir ne se définit que par rapport à ce point – qui est soit le centre d’un cercle, soit l’origine d’une spirale.
Chaque point du cercle3 représente un état ou une possibilité de l’être, mais -, en même temps que le mouvement - , il exprime l’immobilité du centre : ce qui est immuable, ce qui a existé et existera de tous temps, le point central en qui fusionnent être et non-être.’
— Adelheid Oesch
Invitation à l'Expérience :
Vous avez lu un extrait de ‘L’Arche du Cœur’ La multiplication par l’Un. Parcours initiatique. Éditions Le Souffle d’Or, 1999 ©.
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L’ordre Mevlevi est un ordre soufi fondé au XIIIe s. par Djalâl ad-Dîn Rûmî à Konya (dans l’actuelle Turquie). Ses membres sont souvent appelés ‘derviches tourneurs’ en référence à leur danse appelée Sâmâ.
Métaphore du ‘Moi prenant conscience’
Métaphore pour : ‘chaque subpersonnalité’
